Assoa Adou, coordinateur et porte-parole du FPI en exil:« Le régime de Ouattara est autoritaire et pratique le tribalisme »

Le 14 septembre 2012 par SlateAfrique - Depuis le Ghana, Assoa Adou le coordinateur et porte-parole du FPI (Front populaire ivoirien) en exil, analyse les conditions d’une réconciliation

en Côte d’Ivoire. Tout en dénonçant une dérive autoritaire du régime Ouattara.

SlateAfrique - En Côte d’Ivoire, la réconciliation est-elle possible à brève échéance?

Assoa Adou et les exilés ivoiriens aux obsèques du président John Atta Mills du Ghana.

Le 14 septembre 2012 par SlateAfrique - Depuis le Ghana, Assoa Adou le coordinateur et porte-parole du FPI (Front populaire ivoirien) en exil, analyse les conditions d’une réconciliation

en Côte d’Ivoire. Tout en dénonçant une dérive autoritaire du régime Ouattara.

SlateAfrique - En Côte d’Ivoire, la réconciliation est-elle possible à brève échéance?

Assoa Adou - Le pays ne doit pas rester divisé, c'est pour ça qu'on doit absolument aboutir à une réconciliation. Alassane Ouattara ne doit pas oublier que ce sont ceux qui sont en «palabres» qui se réconcilient. Et quel que soit le problème, il faut discuter. De cette manière, le président ivoirien ne peut pas mettre les partisans de Laurent Gbagbo en prison, et parler ensuite de réconciliation. Il veut se réconcilier avec qui?
Avec ceux avec qui il n'est pas en conflit? Il doit au contraire se réconcilier avec ceux avec qui il est en litige, et donc les faire sortir de prison, et discuter avec eux.

SlateAfrique - Quelles seraient les solutions pour arriver à une réconciliation?

A.A. - Je le répète; sortir tous les dirigeants pro-Gbagbo de prison! Le président doit créer des conditions avec les instruments de l'Etat pour qu'il y ait des discussions. Les choses sont simples, ce sont les dirigeants des différents partis qui doivent discuter pour le peuple, et ceux du FPI sont en prison, donc comment arriver à un dialogue.

SlateAfrique - Vos partisans dénoncent une ethnicisation de la vie politique et économique ivoirienne. Est-ce une réalité?

A.A. - Non seulement l'insécurité est devenue générale en Côte d'Ivoire, mais en plus Ouattara a dit lors de sa visite en France, qu'il voulait faire du rattrapage. Le président actuel, veut nommer à tous les postes, des Ivoiriens du nord, je pense que c'est du tribalisme. C'est la première fois dans l'histoire de la Côte d'Ivoire que l'on voit ça.

L'urgence d'un État de droit

SlateAfrique - La liberté d'expression est-elle de retour à Abidjan?

A.A. - La liberté d'expression est plutôt une liberté encadrée en Côte d'Ivoire. Si vous dites certaines choses vous pouvez vous retrouver en prison. On a d'ailleurs saccagé certaines rédactions à la suite d'article hostiles à Ouattara. Gbagbo n'a jamais mis un journaliste en prison parce qu'il l'a insulté. Il n'y a aucune comparaison possible sur la liberté d'expression entre l'actuel et l'ancien gouvernement.

SlateAfrique - Vous sentez vous en sécurité au Ghana?

A.A. - Le Ghana assure la sécurité des réfugiés qui sont ici. Pour le moment je n'ai pas de problème.

SlateAfrique - Quels seraient vos arguments, si vous aviez la possibilité de discuter avec le RDR?

Assoa Adou - Notre parti demanderait un Etat de droit. Cela suppose; la liberté de s'organiser, de s'exprimer, de manifester. Sous Gbagbo, l'Etat donnait 800.000 millions de francs CFA (1,2 million d'euros) par an pour que Ouattara s'organise avec son parti.
Dans une démocratie, Il y a le parti, ou les partis au pouvoir, et une opposition. Celle-ci doit pouvoir s'exprimer et faire entendre ses idées sans violence. Ainsi, la population, peut voir qui a raison, qui a tort, et au cours des différentes échéances électorales, le parti qui gagne la majorité gouverne.
Je vous rappelle d'ailleurs que Ouattara a fait annuler la loi sur le financement des partis politiques qui datait de 2005 et qui a bénéficié à tous les partis sans exception.

SlateAfrique - Combien de militants FPI sont au Ghana?

A.A. - Au Ghana, nous sommes nombreux, il n'y a pas que des politiciens. On était près de 500.000 personnes, maintenant on est peut-être 120.000, puisque nombreux sont ceux qui sont ensuite partis dans d'autres pays.
Des membres du FPi en exil au Ghana autour d'Assoa Adou. Tous droits réservés.

Ceux qui sont ici, y sont pour leur sécurité. Il faut rappeler, que les Ivoiriens du centre-ouest, de l'ouest, ont fui la Côte d'Ivoire pour éviter la mort, parce que chez eux, il y a eu des exterminations massives.

L'épineuse question de la sécurité

SlateAfrique - Pourquoi ne rentrez-vous pas en Côte d'Ivoire?

A.A. - Le président du parti en Côte d'Ivoire essaye de faire des propositions, mais nous n'avons pas encore obtenu la paix.

On arrête des pro-Gbagbo à l'étranger, alors je ne vais pas aller en Côte d'Ivoire pour me jeter dans la gueule du loup. Je suis militant FPI, donc je suis de fait menacé et je ne veux pas prendre le risque de me faire arrêter; en prison je ne peux pas m'exprimer.

SlateAfrique - Vous ne vous réunissez qu'entre personnes de la même région?

A.A. - Notre parti n'est pas un parti de sudistes, mais un parti national. Le président de la jeunesse du FPI est du nord, de Korogo plus précisément. Sa vie est également menacée, il est en exil avec nous. On est le seul parti qui est national (après le PDCI). Regardez les listes RDR (Rassemblement des Républicains, le parti d'Alassane Ouattara), ce sont quasiment que des ressortissants du nord qui y figurent.

SlateAfrique - Fréquentez-vous des gens de la liste noire, menacés de poursuites par la CPI (Cour pénale internationale)?

A.A. - Beaucoup sont ici au Ghana, et participent aux réunions que je préside. Kadet Bertin (ex ministre de la défense de Laurent Gbagbo) est ici. Charles Blé Goudé (Ex ministre de la jeunesse, dirigeant des "Patriotes"), je ne sais pas où il est. En tant que coordinateur du FPI au Ghana, je vois tout le monde lors de nos réunions.

SlateAfrique - Quel sort peut être réservé à Simone et Laurent Gbagbo?

A.A. - On est inquiets pour tout le monde. Pour ceux qui sont en prison, pour tous les Ivoiriens, du nord, du sud, de l'est, de l'ouest. Ce qui nous préoccupe avant tout, c'est retrouver la paix dans le pays, c'est ça qui nous intéresse.

La France, partenaire incontournable

SlateAfrique - Le FPI a-t-il commis une erreur en refusant de participer aux législatives de décembre 2011?

A.A. - Il faut d'abord la paix, allez aux élections ce n'est pas une finalité dans un pays en guerre. D'abord c'est la paix, l'organisation démocratique, puis vient le reste.

SlateAfrique - L’arrivée au pouvoir de François Hollande en mai 2012 peut-elle changer la donne en Côte d’Ivoire?

A.A - On n'a pas encore vu les changements, on attend. On n'est ni optimiste ni pessimiste. Hollande est avant tout le président des Français.
La volonté de la France est d'être une grande puissance dans le monde, c'est elle qui va déterminer la ligne internationale de son pays, nous verrons bien.
Le président français est parfaitement au courant de ce qui se passe en Côte d'Ivoire, il a un ambassadeur, des services secrets, de renseignements, il sait tout.

SlateAfrique - Vous pensez que les relations avec la France peuvent s'améliorer?

A.A. - Monsieur Sarkozy a fait la guerre à la Côte d'Ivoire pour placer Ouattara au pouvoir. Les nouveaux dirigeants français, c'est à eux de savoir comment faire pour que la paix revienne en Côte d'Ivoire, ça dépend d'eux. Mais nous aussi nous nous battons pour que notre pays retrouve la paix.
Nous ne sommes pas au pouvoir, ça dépend de celui qui est au pouvoir, nous sommes dans une prison en plein air, nous sommes comme bâillonnés. Nous aimerions que les choses changent vite.

SlateAfrique - Avez vous des trésors de guerre? De quoi vivez vous?

A.A. - Les gens qui ont pitié de nous, nous donne de l'argent. Nous n'avons absolument pas de trésor de guerre. Il ne suffit pas d'affabuler, il faut que nos détracteurs donnent des preuves, des indices.
Puisqu'ils contrôlent les comptes, ils peuvent dire et montrer au public la véracité de ce qu'ils prétendent, mais tout ceci est faux. Il ne faut pas tomber dans le piège.
Laurent Gbagbo (arrêté en avril 2011) qui a été président de la République, la Cour pénale internationale a dit qu'il n'avait pas d'argent dans ses comptes, donc ce ne sont pas ses «sous-fifres» qui peuvent en avoir.

SlateAfrique - Comment sortir de la crise?

A.A - Les Etats africains doivent se comporter en Etats modernes et renoncer aux méthodes qui consistent à décapiter les adversaires politiques.
Un pays peut évoluer quand tous les partis peuvent s'exprimer librement, quand ils s'organisent librement et font évoluer la situation. Ce n'est pas parce que je ne suis pas d'accord avec toi que soit je te mets en prison soit je te tue.
L'Afrique doit rompre avec ça, c'est d'ailleurs le combat du FPI. C'est pour ça, que lorsque Gbagbo était au pouvoir, il n'a pas dit: "Ouattara, Tu vas en prison”. Bien au contraire, il a annulé des mandats d'arrêts contre lui, il lui a accordé le droit se présenter à l'élection présidentielle de 2010, il lui a permis de rentrer en Côte d'Ivoire.

Chasser le spectre d'une nouvelle guerre

SlateAfrique - Envisagez-vous l’option militaire? Est-il possible que vous repreniez les armes?

A.A. - La ligne du FPI est de s'asseoir et de discuter. C'est le RDR (Rassemblement des Républicains) qui a pris les armes pour un coup d'Etat, en 2002, qui a échoué et qui a mené à une guerre qui perdure jusqu'à présent.
Nous sommes des civils, notre particularité est de faire de la politique, rien de plus. Nous ne sommes pas des mercenaires, il n'est pas question de reprendre les armes. Ce que nous voulons, c'est discuter avec le RDR.

SlateAfrique - Comment expliquer que votre parti ait une image aussi dégradée?

A.A. - II n'y a pas de déficit d'images, mais il y a une presse qui est à la solde d'un parti, et qui donne une image erronée de l'autre.

SlateAfrique - Les médias occidentaux se sont étonnés du discours de certains jeunes patriotes: «A chacun son Français»?

A.A Le discours de Gbagbo a toujours été clair. Gbagbo a même écrit des livres, il ne faut pas être ignorant, le FPI a toujours été clair. «A chacun son Français» ce sont des histoires, personne n'a dit ça. Les bombes jetés par l'armée française sur les Ivoiriens, ce sont les faits qui ont causé le rejet d'une partie de la population envers la France, pas envers l'ensemble des Français.
Quand l'armée française provoque des dommages collatéraux et tuent des «nègres» on n'en parle pas. Et d'ailleurs, est-ce qu'ils comprennent que les Ivoiriens sont des êtres humains?

Propos recueillis par Ekia Badou et Pierre Cherruau in slateafrique.com

NB: Le titre est de la rédaction.